LE HÉROS ET LE DRAGON, HISTOIRE DE LA DÉMOCRATIE DANS LES PAYS ARABES

febrero 23, 2016

WASSYLA TAMZALI

Pourquoi avoir choisi de parler de la démocratie en prenant comme sujet les Printemps arabes alors que l’on entend, tant de la part des acteurs que des observateurs, que la démocratie reste étrangère à ces pays quelques soient les espoirs soulevés? En quoi les bouleversements surgissant sur la scène arabe par l’immolation le 17 décembre 2010 d’un petit vendeur ambulant (Mohamed Bouazizi) dans un petit village perdu du Sud tunisien (Ben Arous), nous parlent de la Démocratie? Et si c’était le cas que s’est-il passé en si peu de temps pour que la face du monde arabe ait changé?

Dans un temps très court nous avons assisté à la déstabilisation, à la chute les uns après les autres des régimes autocratiques en place. Par un effet domino les soulèvements qui suivirent l’immolation du jeune tunisien se sont propagés dans la région à une vitesse surprenante. Les foules immenses, faisant basculer la peur du côté des tyrans ont surgis prenant la rue, occupant les places, de la Place de la Perle de Bahreïn à la Place de la Casbah de Tunis, sans oublier la pla.ce Tarhir du Caire, -le mouvement révolutionnaire égyptien eut-il été rapidement recouvert par la contre révolution militaire. Et également la Libye et la Syrie plongés dans un chaos sanglant.

Ces évènements ont tous en commun d’avoir propulsé sur le devant de la scène pour la première fois de leur histoire les peuples arabes qui ont massivement et fortement exprimer leur refus des pouvoirs en place, leur volonté «nue et massive de dire non au souverain» (Michel Foucault). Cela ne veut pas dire que les foules arabes ne se sont jamais exposées. On n’oubliera pas l’enterrement de Nacer, celui de la diva égyptienne Oum Keltoum, on n’oubliera pas les foules en liesse du 5 juillet 1962 en Algérie pour fêter l’indépendance, celles accueillant Mohamed V au Maroc à son retour d’exil, ni les foules «musul.manes» fanatiques hurlant leur haine aux Occidentaux quand ils osent toucher à leur prophète, le caricaturer ou le mettre en scène, ou ces foules lançant aux gémonies telle féministe, tel écrivain. Menaçantes annonciatrices d’apocalypse elles sont ressenties comme des menaces et plongent les musulmans silencieux dans un silence plus grand encore. Il ne s’agit bien évidemment pas de ces «masses» pour reprendre Elias Canetti; il s’agit aujourd’hui de «peuples» exprimant une volonté collective pour un changement; des peu.ples d’hommes et de femmes jusqu’alors dissimulés sous les masques nationalistes identitaires et religieux que leur font porter leurs maitres, des hommes et des femmes qui pour la première fois de l’histoire de cette région, jeunes et moins jeu.nes, de tous les horizons de classe et de culture expriment des exigences personnelles: la reconnaissance de leur dignité et la défense de leur liberté. Cette aspiration à la dignité et à la liberté soldée par des milliers de morts fait de ces soulèvements les marqueurs d’une révolution en cours et inscrit les peuples arabes dans la longue et universelle marche vers la liberté; des peuples accueillis avec espoir par tous ceux qui ne désespèrent pas des grands principes qui ont marqués les étapes de l’humanité vers le progrès. Cet accueil plein de crainte et d’espoir fut loin d’être unanime, on reviendra sur le débat quant à savoir si oui ou non il y a révoltions et sur les raisons de cette opposition des opinions arabes. Pour l’instant contentons nous de poser la question: Dis moi ce que tu as vu sur la Place Tarhir et je te dirais qui tu es. – Un proverbe chinois dit que quand on montre les étoiles du doigt, certains voient le doigt et ignorent les étoiles. Que nous disent les étoiles?

Que la démocratie remise en question en Europe où elle apparait comme un héritage dé.cevant garde pour la rue arabe toute sa force utopique, mobilisatrice et qu’elle peut conduire à un véritable séisme. Les crises, les troubles, les guerres civiles qui secouent cette partie du monde peuvent être ramenées à une opposition irréductible et qui se radicalise au fur et à mesure que les bouleversements se multiplient dans les pays arabes et qui conduit à un véritable choc des civilisations entre les partisans et les ennemis de la démocratie ou plus précisément les partisans et les ennemis des valeurs que le sens commun rattache à la démocratie: la liber.té, l’égalité de tous les citoyens, le droit et la capacité pour la société de décider de son avenir en dehors de règles imposées par la force ou prédéterminées par un ordre supérieur, divin ou tribal. À ce point pour bien saisir l’évènement il faut isoler la démocratie comme modèle his.toriquement et géographiquement déterminé et les valeurs universelles qui la portent. Utilisons ici le distinguo que fait l’historien de l’art Aby Warburg dans son analyse de la Renaissance et l’idée répandue de l’imitation de la Grèce antique. Les hommes de la Renaissance dit-il n’ont pas cherché dans l’Antiquité la perfection du modèle grec, mais ils ont trouvé des formes qui exprimaient le mieux leur histoire «contemporaine». Les peuples arabes par leurs soulèvements ont exprimé sans idéologie ni référence à un modèle, en l’occurrence le modèle démocratique, leurs désirs propres, leur contemporanéité. La distinction, entre les valeurs et le modèle qui les contient évacue du même coup l’idée d’une «imitation» de l’occident, accusation que l’on fait toujours aux mouvements progressistes arabes, féministes et laïques entre autres. Une imitation impossible dit-on et nous partageons cette idée que l’imitation est impossible ou du moins inutile. Les imitateurs de la démocratie sont les pouvoirs autocratiques en place qui utilisent les formes de la démocratie pour faire perturber leur emprise sur les pays et se faire adouber par l’Occident tout en niant les valeurs qui la déterminent. Ce n’est pas le scénario des révolutionnaires arabes! Une des vertus des révolutions arabes c’est d’avoir mis en évidence cette première cette nécessité absolue pour le déroulement vers la démocratie: pas de démocratie sans les valeurs de la démocratie. Cela semble couler de source mais il est utile de le rappeler avant toute chose. C’est l’explication des chausse-trappes dans lesquelles les révolu.tions arabes sont tombées ou risque de tomber.

Ajoutons que la force et le succès de ces mouvements tiennent à cette absence de référence serait-elle démocratique. Les peuples arabes ont exprimé le refus de l’autorité en place sans dire pourquoi. Ce mouvement de l’impensé démocratique nous propulse au commencement de la démocratie. Désenchantés par l’histoire des déboires des vieilles nations occidentales en matière de démocratie, par la complexité des problèmes insolubles sur lequel elles se heurtent nous assistons au travers des printemps arabes dans un ravissement inquiet à ce qui paraît comme la naissance de la démocratie. Devant nous s’ouvre un chantier vivant qui nous met en contact direct avec des connaissances, des ressentis que nous avions perdus, le Post-modernisme aidant, cette pensée à la mode qui a dilué depuis longtemps, sinon enseveli le sens même des principes qui sont au cœur du projet démocratique, la liberté et l’égalité pour tous, et qui a remis en question l’universalité de ces droits. C’est donc à une relecture vivifiée des fondements de la dêmokratia que nous sommes invités par les Printemps ara.bes qu’ils accouchent d’une révolution (Tunisie, Égypte), ou pas (Algérie, Maroc), ou qu’ils abou.tissent au chaos (Syrie, Lybie). Cette naissance in visu permet de mieux en comprendre les ressorts intimes, et de décrypter les apories, les impasses dans lesquelles se trouve la démocratie. Et en ce sens, cette plongée dans le monde arabe en pleine effervescence peut nous apprendre, ou nous remettre en mémoire les fondements même de la démocratie.

Donc. Tous les pays de la région s’embrasèrent après un demi-siècle de dictatures militaires, claniques et/ou mafieuses. Tous significatifs et importants ces soulèvements ont néanmoins été d’un poids et d’une portée différents allant de la simple jacquerie vite réprimée à la révolution rompant les rapports de forces en présence. Cette différence peut s’expliquer certes par la force du mouvement lui-même mais également par l’état de la nation dans laquelle il a lieu. Cela revient à dire que le renversement total d’un ordre se comprend aussi et d’abord par cet ordre qu’il renverse. Si la force de changement peut être la même dans deux pays différents, le résultat reste tributaire des conditions socio culturelles de l’ordre antérieur. Les révolutions se sont aussi le dégel d’une longue glaciation qui va mettre à nu tout ce qui avait été caché à ce jour.

En quatre années nous avons vu l’histoire arabe se remettre en marche après une paralysie, un obscurantisme bien calculé obtenus par la force et le bâillonnement de la volonté et de l’intelligence populaire, et ce depuis le début de l’histoire moderne de ces pays, c’est à dire la chute de l’Empire ottoman et des empires coloniaux français et britannique. Un demi siècle postcolonial plus marqué par le système dont les clans au pouvoir sortaient, le système colonial et son mépris des peuples colonisés, que par un futur capable d’inventer et de prendre en compte les aspirations nouvelles de ces peuples.

En quatre ans les peuples arabes ont basculé dans la modernité politique, avec ses espoirs et ses peurs. Ces peurs et ces espoirs sont inséparables du projet démocratique, les peuples arabes vont très vite en faire l’expérience. «Une beauté terrible est née»! Auraient-ils pu dire avec Yeats, cité par Hejer Charf un des auteurs du livre collectif que j’ai coordonné et publié quelques mois après le déclenchement de la Révolution tunisienne «Histoires minuscules des révolutions arabes» (Ed Chèvre Feuille étoilées, 2012. Livre collectif cordonné par Wassyla Tamzali). «Une beauté terrible est née»! Avec une économie de mots propre à la poésie voi.là résumé le sentiment qui submergea ceux qui depuis des lustres avaient espéré la démocratie et qui assistaient médusés à l’arrivée de cette vague haute et violente qui se levait dans les pays et déferlait, à leurs risques et périls.

À nos risques et périls. Nous étions soudai.nement confrontés à tous ces possibles qui s’ouvraient devant nous. Nous apprenions dans un violent apprentissage existentiel que la démocra.tie était incertitude. «La démocratie s’institue et se maintient dans la dissolution des repères de la certitude» Gérard Lefort, philosophe français cité par Smaïn Laacher, sociologue dans son enquête «Insurrections arabes» Ed Buchet Chastel, 2013. Ce sentiment d’incertitude va être la cause du clivage qui rapidement se dessine dans les sociétés arabes entre ceux qui reconnaitront les évènements comme une révolution capable de changer la vie et ceux qui nieront «l’événe.ment» se refugiant pour certains dans la théorie du complot.

Cette incertitude comme départ et mouve.ment de la démocratie fera naître la peur, la peur de l’islamisme chez les hommes et les femmes qui ont vu leur société s’hyper-islamiser, la peur du retour de l’islamisme politique chez les Algériens par exemple, la peur de voir disparaî.tre les avantages acquis par les prisonniers-protégés des régimes sécuritaires et militaires. Ces peurs auxquelles il faut ajouter l’absence de confiance en soi propre aux sociétés infantilisées par leurs maîtres. La reprise en main des militaires au Caire, qui n’est pas sans rappeler ce qui s’était passé à Alger et l’arrêt du proces.sus électoral de décembre 1991, s’est effectuée avec le soutien d’une partie de la société civile, celle-là même qui portait le projet moderniste. Une société civile qui n’a pu dépasser la peur de l’incertitude consubstantielle à la démocratie, comme la sécurité l’est des régimes tyranniques.

Pour répondre, sinon manipuler, à cette peur et à l’incertitude démocratique la réponse du Maroc et de l’Algérie est assez significatives quand elles font miroiter comme solution la politique des petits pas. Mais en matière de démocratie quelque soient les petits pas, il arrive un moment où il faut sauter le pas. Ce que font les révolutions.

Ainsi nous sommes pris entre d’une part l’incertitude de la démocratie et d’autre part l’impatience des révolutionnaires. Cette impatience est centrale dans les mouvements de protestation. Et la conjugaison des deux: impatience et incertitude montre dans quelles tensions se trouvent les hommes et les femmes qui vivent ces révolutions. Chacune des expériences nationales arabes, la Tunisie et l’Égypte en particulier où le processus démocratique a été réellement enclenché, mais également en creux l’Algérie, le Maroc, la Syrie, chacune de ses nations avec son histoire propre, ses échecs et ses réussites postrévolutionnaires (elles sont nombreuses) ont posé, et posent la question de la démocratie, ou plutôt posent des questions à la démocratie.

Tout d’abord la scène arabe nous démontre et nous rappelle si cela était nécessaire un principe de la démocratie: la place déterminante et fondamentale de la participation des citoyens dans la démocratie et sa manifestation impatiente. C’est ce principe que l’Europe et l’occident redécouvrent dans le sillage du «Dégage» des révolutionnaires tunisiens qui résonna jusque devant Wall Street. Les Indignés du mouvement du 20 mai 2011 en Espagne, les anti Berlus.coni d’Italie, les manifestants contre l’austérité, en Grèce, au Portugal, en Belgique et ailleurs qui ont envahi et occupé l’espace public, ont redonné corps à ce principe dans des scènes de foules qui avaient disparu depuis longtemps du paysage politique. Il ne s’agissait plus de revendications sectorielles mais de foules con.tenant les peuples. Des peuples impatients. La reprise en main de son avenir redevenait l’idéal citoyen que la démocratie représentative avait vidé de son sens depuis longtemps en Europe offrant ainsi le spectacle du conflit de la démo.cratie contre la démocratie représentative. En Italie les rassemblements massifs initiés par les femmes en février 2011 dans toutes les villes de la péninsule contre Berlusconi et ses pratiques avilissantes pour les femmes n’ont-il pas choisi pour rappeler l’importance de ce prin.cipe en politique, la belle et forte pensée de Primo Levi «Si je ne suis pas pour moi, qui le sera ? Si ce n’est pas maintenant, c’est pour quand?», n’ont-ils pas porté haut et fort les mots du rescapé des camps nazis à qui la promiscui.té de la mort avait sans doute donné un sens aigu de l’urgence en matière politique: «Se non ora quando» «Si ce n’est pas maintenant c’est quand?» C’est ce que la jeunesse impatiente de 68 avait dit d’une autre manière: «Ici et Maintenant». C’est encore l’impatience, le ral bol, l’urgence, le «Ici et maintenant» qui poussa des milliers, millions d’arabes, jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, sur les places de la Révolution. Le symbole de l’immolation est instructif sur ce point car plus que le sentiment d’impuissance qu’il pourrait induire, «je ne peux rien faire, donc je me tue», l’immolation nous informe sur l’impatience de changer les choses, serait-ce au péril de sa vie par un geste radical et irréversible. L’immolation n’est pas un suici.de, c’est un acte politique qui s’inscrit dans un discours beaucoup plus complexe et peut avoir des effets qu’un suicide ne peut avoir. C’est ce qui est arrivé, la Tunisie s’est ambrasée et le monde arabe avec elle.

Cette impatience est ce à quoi est mise le plus à l’épreuve la démocratie par la démocra.tie parlementaire dans les vieilles démocraties et par la politique des lendemains qui chantent des régimes totalitaires: «Vous serez libres et égaux quand tout le peuple saura lire et écrire et que nous auront rattrapé les pays développés»! Des ritournelles qui ont bercé depuis un demi siècle nos vies misérables de citoyens exclus de la vie politique. Résultat, nous n’avons par rattrapé les pays développés, notre liberté et notre dignité ont été bafouées sans limite et sans morale. C’est de cet état calamiteux que les révolutions arabes ont voulu tourner la page.

La grande leçon que nous retirons des soulè.vements arabes, comme des manifestations eu.ropéennes est que la démocratie est le lien indéfectible de trois éléments: la volonté exprimée du peuple, les valeurs entendues de la démocratie (liberté, égalité, représentativité) et un système capable de les représenter, principalement les élections. C’est sur ce dernier point, le processus électoral, que se portent au plus fort les tentions et les paradoxes de la démocratie. Et cela aussi bien en Europe que dans les démocraties naissantes des pays du Sud. Dans le Saint des Saint de la Démocratie, l’Europe, les rassemblements massifs au cœur des métropoles en Italie, en Es.pagne en mai 2011 ont montré l’écart abyssal entre la volonté populaire quand elle s’exprime dans la rue et la représentation de cette volonté dans les élections qui suivirent et qui dans ces deux pays portèrent au pouvoir le Parti populaire en Espagne et Berlusconi en Italie qui est loin d’être le parangon de la démocratie. En Égypte, en Tunisie c’est la victoire de formations politi.ques consubstantiellement opposés à la démo.cratie qui l’emporte, 40% pour le parti Ennahda de Tunis, branche des frères musulmans, et 86% pour les Frères Musulmans et leurs acolytesSa.lafistes en Égypte. Ces élections, le 23 octobre 2011 en Tunisie, le 23 janvier 2012 en Égypte, les premières libres et démocratiques, portèrent au pouvoir dans chacun des pays « un peuple » qui n’était pas visible sur les places de la révolution ni sur les réseaux sociaux dont on avait trop vite fait la clé des révolutions. La même chose était arrivée en Algérie où les premières élections démocratiques du 26 décembre 1991 ont porté au pouvoir le Parti du Front Islamique du Salut avec 80% des votes exprimés ; quelque jours plus tard Alger vivait sa marche la plus importan.te, plus d’un million d’Algériens venus crier leur attachement à la démocratie et leur refus d’un pouvoir religieux. Marche pathétique : jamais un peuple aussi fort fut si impuissant. Sacrée démo.cratie ! En Europe comme dans les pays arabes il n’y a pas eu concordance de peuples. Ainsi la démocratie faite pour recueillir pacifiquement la volonté de vivre ensemble de tout un peuple, est ici le chemin qui conduit à l’affrontement violent des frères ennemis. Rappelons que les vainqueurs des élections égyptiennes et tunisiennes n’ont pas fait la révolution qui a permis les élections démocratiques. Alors où est la démocratie ? Question que l’on peut aussi bien poser en Eu.rope, même si nous sommes dans les deux cas face à des situations opposées. En effet, à la différence de l’Europe où le peuple manifestant s’est volatisé pour laisser encore et toujours la place dans l’hémicycle aux professionnels de la politique, en Tunisie, en Égypte et en Algérie avant eux on peut dire qu’un peuple en cachait un autre. Si du côté de l’Europe il y a disparition du peuple, de l’autre côté il y a un trop plein de peuples. Et dans les deux cas la démocratie est dévoyée.

La première déconvenue des démocrates ara.bes est de comprendre que la démocratie ne pro.duit pas la démocratie, qu’elle ne donne pas le temps à la démocratie comme dit Jacques Dérida, « la démocratie c’est le temps à la démocratie.». Faut-il pour autant désespérer de la démocratie ?

Mais l’expérience tunisienne éclaire aujourd’hui ce qui paraissait comme un paradoxe: voir le résultat d’élections démocratiques opposer le modèle démocratique aux valeurs qu’il représente. Le résultat des élections tunisiennes du 26 octobre 2014 et le recul spectaculaire du parti islamique montre que le paradoxe n’est apparent et que les élections quand elles sont démocratiques enclenchent un processus qui aboutit à une représentation des valeurs démocratiques, comme d’ailleurs de celles qui ne le sont pas, et cela dans une proportion qui permet de retrouver bien présente et en force les valeurs démocratiques qui déclenchèrent la révolution. C’est parce que, démocratiquement, le peuple tunisien a porté au pouvoir un parti islamique dans son premier vote, que ce parti a été placé sous la surveillance du peuple qui l’a élu, que dans ce deuxième vote démocratique le peuple tunisien a sanctionné les islamistes et soutenu majoritairement les partis démocratiques.

Les révolutions arabes nous ont ainsi appris que l’histoire de la démocratie ressemble à ce.lle du héros de la mythologie grecque affrontant dans des épreuves de plus en plus difficiles le Dragon. Le héros victorieux sera récompensé par le roi qui lui donnera comme femme sa fille, jeune et belle. Le dragon pour les peuples arabes est l’islamisme politique, le Roi est le peuple, la belle promise est la liberté. Belle récompense, difficile à atteindre et difficile à garder. À suivre.



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